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La Lorgnette du Margouillat

GILBERT

GILBERT

Sans savoir, évidemment, qu'il citait Anna Gavalda, mon copain Gilbert, Sérère de Samba Dia dans le Saloum a eu cette réflexion magistrale:
“Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences...”
Nous prenions le frais dans le jardin de Marie, un tout petit et discret bar-resto que je vous recommande si vous passez dans le coin.
Gilbert était à la Gazelle, la Lorgnette au pichet de rouge...
J'ai connu Gilbert à Joal, voici quelques années. Catholique, mon pote "a fait le guide" quasi toute sa vie. Ne délaissant ses chers touristes qu'à la saison des pluies. Quand on est Sérère, la terre est plus forte, plus puissante, plus vitale que tout!
Il y a tant de bouches à nourrir, de bétail à sauvegarder, d'hectares à débroussailler, brûler, retourner, semer, récolter!
Il faut remplir les greniers, faire des provisions.
Gilbert devisait sur le racisme, sur les migrants, sur ce nouvel équilibre mondial tout en déséquilibre religieux, culturel, financier...
Un vieux sage n'a pas besoin d'avoir son certificat d'étude pour regarder le monde, écouter la planète. Je crois même que l'analyse d'un homme de brousse est plus saine, plus aiguisée parce-que non polluée par les médias. Filtrée, tamisée au bon sens paysan.
Vous allez me dire que c'est paradoxal! Qu'un homme qui ne s'informe pas est un débile ignare!
Faux! Il écoute, il regarde, il rencontre, il palabre et prend tout son temps pour analyser, décortiquer, peser, digérer dans le silence de sa case, sous l'ombre du neem. Dans l'évidence de sa vie, de sa communauté. Sa responsabilité.
Malgré l’obscurantisme sournois, le manque de culture générale, je suis souvent agréablement étonné des conversations que l'on peut avoir avec un être simple qui vit de la nature. Pour la nature, en partage. Sans calcul.
La richesse de Gilbert réside également dans la fréquentation des touristes aussi bien que celle des siens, de la terre, des chèvres, des zébus et de son cheval.
Un cocktail savant où s'entrechoquent des glaçons d'idées, de portraits, d'informations, d'analyses souvent très saines. Mises à plat de la réalité du quotidien.
Quand une famille de toubabs débarque au village, elle pose ses valises, ses sacs à dos lourds de vingts tonnes de "telex", de news tombées sur les téléscripteurs permanents des chaines d'infos en Toubabie. De cinquante autres tonnes d'éducation, de réalités quotidiennes et ancestrales Toubabiques ou Toubabiennes...
Ils viennent de quitter un monde lointain où l'on court, où l'on se bat pour sauver son emploi, son pouvoir d'achat. Un monde où l'on râle sur les gouvernements, où l'on a peur des attentats, des crises, des migrants, de la différence.
Quand le poids bascule, quand les repères disparaissent, quand les certitudes d'hier se noient dans le questionnement de demain, ça fragilise!
Ils viennent se ressourcer dans le berceau du monde. L'Afrique!
Voir, sentir la vie typiquement typique. Regarder les femmes piler le mil, danser au son des djembés sous les lueurs d'un feu où cuit le tieb.
Ils viennent s'encanailler au Sénégal, voire s'éclater! Faire semblant, aussi, d'oublier...
Et, ils parlent de leur vie! Ils comparent. Critiquent, envient. Entre naïveté et maladresse, souvent.
Gilbert écoute, observe. Il a son propre mortier dans sa tête. Il malaxe, pile, broie, mélange...
En sort souvent une pâte de sagesse, une poudre de Perlinpinpin dont il saupoudre sa propre réflexion, sa vie.
Contrairement aux toubabs, Gilbert n'a pas de certitudes.
"La raison n'est pas d'avoir raison!" murmura le Margouillat.


(Aquarelle Alexander Dzivnel)

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