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La Lorgnette du Margouillat

PLANTE, EMBOURBE...

PLANTE, EMBOURBE...

Tel Icare volant vers le soleil, j'ai voulu, candide et téméraire, me rapprocher de la brousse et des tans du Sine-Saloum.
Si le fils de Dédale ignorait que l'astre ferait fondre la cire qui collait les plumes de ses ailes, j'ai, quant à moi, oublié qu'on ne gagne pas contre les éléments déchainés. Que l'eau, l'argile, le sable finissent toujours par remporter la lutte face aux drôles de machines inventées par l'homme.
Ce matin là, gonflé d'envie et d'orgueil, j' enfourche mon bon vieux Land, malgré le déluge qui s'abat sur une bonne partie du Sénégal.
L'hivernage, tant attendu, tant espéré, offre au pays sa première salve sévère.
Obstiné, têtu et stupide, malgré l'alerte, la traversée dantesque de Mbour, je quitte le goudron pour braver les pistes.
Les essuies-glace n'arrivent pas à évacuer les gouttes sur le pare-brise. Au marché aux fruits et légumes, l'eau tente une incursion par le bas des portières. Je suis quasi seul à affronter la "flaque". De part et d'autre de la nationale, au centre de Mbour, ce ne sont que voitures arrêtées, en panne, noyées. Fier comme Artaban, le Defender écarte les flots tel Moïse la mer rouge.
Elle et moi roulons vers notre terre promise!
Imprudent, nous abandonnons le goudron. J'attaque la piste!
C'est chaud, c'est détrempé, noyé, submergé, glissant, piégeux... Rock & Roll!
Je ne suis pas Ari Vatanen et ma monture a trente ans.
Plutôt que de s'enfoncer en brousse, je devrais...rebrousser chemin.
Un rideau de pluie tropicale masque l'horizon. Les baobabs, fantômes gris, disparaissent, engloutis dans l'épaisseur du déluge. La terre suce les roues, aspire, emprisonne, englue. C'est l'hallali!
Une dernière glissade entre deux ornières; la contre-piste s'effondre. Terminus!
Pieds nus et liquéfié j'ose une sortie. On glisse moins que chaussé.
L'eau et la boue montent jusqu'à mi essieux. Le Land ne sortira pas seul de ce cloaque.
Coups de fil à mes potes de Yayème et Nianing. Une heure plus tard, deux puissants 4X4 armés jusqu'aux dents de câbles et d'accessoires ad hoc tentent de me rejoindre. Enfer liquide et boueux!
Vaille que vaille, vaillants, expérimentés et équipés, mes SOS Dépannage arrachent littéralement ma vieille anglaise de la gadoue.
Le retour des trois naufragés vers le goudron est dantesque, d'anthologie. Amusant.
Décrassage, regonflage des pneumatiques, accolades, rires terminent l'aventure après quelques heures d'apocalypse rigolo.
Le bilan de telles aventures offrent toujours les plus belles anecdotes, les meilleurs souvenirs!
La solidarité, l'amitié font aussi tant de bien dans ce monde du chacun pour soi. Vive l'Afrique, vive le Sénégal!
Après conciliabule surréaliste, mon Land et moi avons décidé de remettre le couvert. On repart voir la brousse reverdir. Sinon que, prudents, nous retournons par le goudron.
Téméraire mais calmé...
(Aquarelle Isabelle Zyski)

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