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La Lorgnette du Margouillat

SAUVETAGE

SAUVETAGE

Me réveillant généralement aux aurores, j'aperçois dans la pénombre de l'aube une pirogue dont le câble d'encrage s'est brisé.
L"océan est furieux. Le bois cogne les rochers.
L'embarcation risque de graves avaries.
Incapable de résoudre le problème seul, je hèle un gosse d'une vingtaine d'année qui s'en va commencer sa journée de travail vers la station.
Instantanément, il comprends la situation et me confie son casse-croûte de la journée, un petit seau de riz cuisiné, avant de plonger dans la mer.
Il a gardé son pantalon et son t-shirt.
La houle est musclée, le gamin aussi!
C'est une pirogue de douze mètres, lourde, folle, sans moteur, incontrôlable, dangereuse dans les vagues frappant le rivage.
Isolée du port parce-que propriété d'un Lébou de Saint Louis, aucune pirogue partant en mer ne se préoccupe du risque d'avarie, de destruction de celle qui agonise devant nous.
Enfourchant le bastingage, mon Superman parvient à se hisser entre les traverses et tirer la corde rompue.
L'ancre d'une pirogue, si elle est fourchue, reste légère. Je parviens à la lui lancer après quelques tentatives infructueuses.
Quelques nœuds magiques plus tard, Abdou parvient à jeter suffisamment loin le grappin afin de réduire la distance entre la pirogue et les rochers.
Ce sera alors un combat entre lui et la houle pour réduire la corde.
Les flots sont déchainés. Bleus, gris, verts, noirs tour à tour, sombres, mélangés, broyés. Le fracas incessant des vagues chargées de goémons verdâtres rythment le sauvetage. L'écume explose sa lactée sur le basalte.
Les odeurs marines enivrent les pélicans, indifférents pourtant au sort de l'embarcation.
Seul un cormoran se pose sur la proue, le temps de secouer son plumage avant un nouveau plongeon gourmand...
Fourbu et trempé, le sauveur de pirogue revient humblement sur le rivage. Remercie d'avoir gardé son repas et s'en va vers son travail.
Sans demander ni reste, ni remerciement. Juste un grand sourire de fraternité, un salut de la main avant de disparaître.
"Nio far" (on est ensemble). Même si jamais il ne connaîtra le propriétaire de la pirogue sauvée.
J'aime le Sénégal


(Aquarelle Daniel Baobab Blog)

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