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UNE NUIT...

UNE NUIT...

La légende raconte que les animaux diurnes ne se réveillent qu'à l'aurore, quand le soleil se lève, même timidement, même lentement.
Sauf s'ils sont dérangés, évidemment!
Ce fut le cas voici quelques jours où, dormant en brousse, j'ai entendu les chiens aboyer toute la nuit dans le village. Sans doute une hyène solitaire ou en meute fouinant la charogne dans la forêt de rôniers, dans les champs ou les vergers...
Il arrive aussi qu'un âne braie en pleine nuit s'il lui prend une envie de copuler. Pas un habitant du coin n'est censé ignorer alors que l'animal est en rut. Le muezzin, en comparaison, peut aller se rhabiller...
Il arrive pourtant qu'on confonde parfois entre les deux gueulantes. Si! Si!
Ce préambule pour vous dévoiler que le Margouillat peut aussi se lever avant l'aube!
C'est ce qui lui est encore arrivé voici quelques jours. Plutôt quelques nuits.
"Cinq heures du mat' j'ai des frissons
Je claque des dents et je monte le son
Seul sur le lit
Dans mes draps bleus froissés
C'est l'insomnie
Sommeil cassé"
Bref, je me lève et je me bouscule, comme d'habitude...
J'allume la lampe de la cuisine et le percolateur. J'ouvre la porte donnant sur l'océan pour que Loulou, mon miaou à moi, fasse son entrée dans la case.
C'est là que j'entends tousser sur la terrasse. Il fait nuit noire. Pas de lune ni d'étoiles. Juste l'écume des vagues qui se dessine furtivement à chaque ressac.
L'éclairage de la terrasse étant obstrué par un récent nid de moineaux, j’éteins les led de la maison pour tenter d'apercevoir ce qui tousse.
Là, je découvre une femme, recroquevillée dans un angle. Emmitouflée dans des vêtements divers, une serviette sale, un plastique douteux.
Autour d'elle, une canette de Coca, des restes de dibi sur un papier journal, un seau où sont jetés quelques affaires personnelles, des tongs aussi.
Plus respectueux de son sommeil que par méfiance, je laisserai dormir cette "Sans Domicile Fixe".
Quand le soleil a commencé à éclairer le jour naissant, la jeune femme s'est levée. A prononcé quelque prière en soussou guinéen, je crois.  A aspergé la terrasse d'eau, s'est ébrouée et s'en est allée par la plage.
Laissant seau et vêtements sur la terrasse.
Durant quelques jours, j'ai préservé ses effets, croyant que ma visiteuse clandestine reviendrait chercher son bien.
Il n'en a rien été. Elle a disparu dans les méandreux mystères de l'Afrique...
Je me suis résolu, après un temps décent d'offrir le seau à la piste du village. En moins de dix minutes, tout avait disparu.
"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" disait Lavoisier. J'ajouterai modestement qu'ici, au Sénégal, tout se récupère!

(aquarelle Elie Sanfilippo)

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