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LA MAISON DU BONHEUR

LA MAISON DU BONHEUR

La case de la vieille toubab est fatiguée.
Depuis que la propriétaire s'en est allée compter les points entre dieu et satan, seul un gardien y vit à mi-temps. Tentant, tant bien que mal, sans salaire ni moyens, de maintenir la maison en état.
C'est la dernière case à la sortie du village. Avant les champs, la forêt de rôniers.
La piste est sablonneuse, peu fréquentée, tranquille entre neems, palmiers, acacias et eucalyptus.
Les voisins sont Sérère, simples, modestes, vivant encore pour la plupart dans des huttes de pailles aux toits de palmes.
Certains ont érigé des murs de blocs de béton, ont une tôle de toit. Tous ont cette clôture typique de tiges de palmiers rôniers qui entoure les concessions. Par les barrières entr'ouvertes entrent et sortent les enfants, les animaux et les visiteurs incessants.
Dans le petit jardin de la case, deux baobabs s'entrelacent entr'un bouquet de hauts rôniers. Le neem dans l'angle relance ces jeunes branches après une décapitation sévère.
Deux vieux calebassiers tentent encore de produire des bassines aux femmes du village.
Les bougainvilliers s'accrochent au mur, montent vers le ciel en oubliant souvent de fleurir. Le sol est trop sec, trop pauvre.
Les Orgueils de Chine plient l'échine, modestement...
Seuls les quelques arbustes de cotons semblent ne pas souffrir de l'abandon.
Et puis, il y a le Flamboyant flamboyant! A cette saison, il explose de fleurs. Généreux malgré les outrages de l'oubli.
Depuis le décès de la propriétaire, un vieux margouillat vient parfois se balader, rôde autour de la modeste demeure. Rêve de s'y installer, se retirer plus encore du monde, se rapprocher du Vrai. De ce qu'il considère encore, un peu naïvement, comme une dernière escale avant l'enfance retrouvée...
L'expliquer plus relève d'une dimension difficilement déchiffrable... Lui sait!
Après plus de deux années de tergiversations, de lenteurs administratives, d'imbroglios mais de ténacité, gorgui lézard a gagné sa dernière demeure. Celle de l'ultime renouveau.
Le temps des rénovations durera ce que dure le temps des cerises. Foi de merle moqueur!

(aquarelle Pierre Castillou)

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izmachine 15/07/2017 09:44

....nam fio lezard? t'es foutu là: tu vas avoir des visites.