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MAIS SAMBA DIA MAIS...

MAIS SAMBA DIA MAIS...

Hier, le Margouillat est allé se dépoussiérer les écailles du côté de Samba Dia, nœud routier goudronné, tarmaqué désormais du Saloum, entre Joal, Fimela et Djifer.
Je me souviens de ce petit village au marché quotidien sur la place, à la halle. Quelques bitiks, quelques étals. Des fruits mûrs appétissants à profusion, des légumes parfois étranges, inconnus entre carottes, tomates et courgettes, du poisson frais, séché, enmoucheté, de la dibiterie accrochée aux tôles de toit.
Marché aux moutons, chèvres, poulets, cochons, oiseaux,
Certains jours, des ambulants arrivaient avec des ustensiles en plastique, des balais chinois, des bassines. Les femmes commençaient à abandonner les calebasses, les petits balais de paille torchée.
Les bonbons sucrés farcis aux cacahuètes, les jus frais de bisaap. Mille recettes des Mamans du village, des hameaux voisins.
Les charrettes qui amenaient les denrées, les vendeuses, la paille et tout ce dont la région avait besoin.
Les harnais, les cordes, les outils, charrues, semeuses, machettes...
Aujourd'hui, le village est goudronné, rond-pointisé, égoutté, éclairé, signalisé, parkingisé...
Le progrès est arrivé au galop. Tiercé gagnant pour les habitants. Sûrement.
Mais. Mais la quiétude, le typique s'en sont allés avec la piste.
Les jakartas slaloment en pétaradant. Les camions de poisson, de sel font vibrer les vieux murs en torchis et les tôles des toits.
Sur les tapis des vendeurs, on trouve des chargeurs de portables, des écouteurs, des batteries au lithium, des MP3...
On a parqué l'anarchie bon-enfant des commerçants. Coupé les neems qui offraient leur fraîcheur aux maraichers, déplacé le reposoir des charretiers, la gare routière.
Quelques gendarmes couchés pour protéger les gosses. Un sens giratoire non prioritaire, ordonnancé de panneaux "stop"...
Bien évidemment, Samba Dia garde un charme indéniable, coloré d'une bourgade de brousse. une gentillesse d'accueil. Mais...
En quittant le village par les pistes, j'ai croisé une charrette, tirée par deux petits ânes. Un homme, Peuhl sans doute, un chargement hors gabarit de pailles.
Le bonhomme était au téléphone, Samsung Galaxy, je crois. En grande conversation, en grands gestes dans sa djellaba grise.
Image quasi permanente de cet anachronisme qui ne l'est plus.
Le Sénégal change, évolue, grandit, émerge, se mondialise, adhère avec fracas à la grande consommation à outrance.
C'est bien. Mais...
Citant Pierre Desproges, je terminerai par ces mots: "la seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute"

(aquarelle Apfel)

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