Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

PARTIR UN JOUR...

PARTIR UN JOUR...

"Mourir est une escroquerie!
Déjà, on te dit que tu vas être enterré entre quatre planches. Si tu comptes bien, des planches, il y en a six!
D'ailleurs, tu paies très cher ton cercueil; preuve que le devis est faux!
Vous les toubabs, vous vous faites toujours avoir avec les khalis!"
Je me régalais, l'autre jour, d'une conversation surréaliste entre deux amis, l'un français, l'autre sénégalais.
Se rapprochant tous deux, lentement mais sûrement, de la zone de turbulence-ambulance-urgence-cadavérance, ces frères ennemis qui s'adorent jouaient dans le morbide, l'humour noir.
- En plus, vous vous faites incinérer! C'est gâcher le bois!
- Écoute-moi bien Mamadou! Quand je vois le nombre de sollicitations et les sommes données, je me dis que vous mourez beaucoup trop ici et que ça coûte très cher! Quand je pense que vous ne devez même pas acheter de cercueil!
Je buvais du petit lait de les écouter avancer leurs arguments, opposer leurs religions, leurs coutumes. Leurs mauvaise foi aussi.
Ces deux là manient merveilleusement bien l'humour, la dérision, voire l'iconoclastie.
Le sujet s'était invité à la table suite au décès d'un voisin, d'un vieux toubab du village qui passait son temps à voyager entre le bar du port et le bar du goudron.
Il en aura fait des kilomètres en titubant ainsi depuis vingt ans!
Le Bastidon, ça fait voir du pays et ça conserve!
Le gorgui toubab s'est éteint un matin, avant même d'avoir avalé son premier pastis.
Inopinément, sans laisser d'adresse, de contacts en France. Bonjour l'ambassade!
La chanson de Boris Vian tourne dans le juke-box "Arthur où t'as mis le corps..."
Le cadavéré a été ambulancé vers la morgue de Mbour après onze heures d'attente sous 32 degrés de moyenne...
Autopsié le surlendemain - passage obligé après celui de vie à trépas pour tout toubab au Sénégal - le vieux est resté congelé quarante deux jours entre la morgue de Mbour et celle de Dakar avant de s'envoler pour Nice.
Il est revenu lundi!
Dans une urne.
Les services de l'ambassade ont pisté une ex-belle-sœur qui a payé la très lourde addition jusqu'au dernier centime et respecté les dernières volontés du défunt, à la virgule près!
Amour secret, loyauté ou héritage, nul ne le saura sans doute jamais!
L'addicté de l'anisette repose désormais du côté de Gandigal, au pied d'un baobab.
Le dernier harmattan a certainement dû disperser ses cendres, et c'est bien ainsi
Amin!

(aquarelle Frankie Pain)

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article