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RESTO RASTA

RESTO RASTA

- Bonjour Monsieur, excusez-moi. Avez vous déjà mangé une fricassée de héron Goliath avec des pommes sautées dans de la graisse d’hippopotame?
Je réponds évidemment que non tout en dévisageant mon interlocuteur habillé en chef cuisinier toqué comme on peut encore parfois en dénicher dans quelques restaurants étoilés de province Toubabienne.
Sur son cœur est élégamment brodé de fil noir "Resto Rasta"...
Pour parfaire le portrait, je soupçonne dix kilos de dreadlocks dissimulés dans la toque du gaillard.
- Et du patas grillé aux herbes à chameau?
Je connais l'éventail des mets appréciés généralement par le Margouillat; il est quasi infini tant il y a d'insectes dans ce pays. Par contre et pour ma part, j'ai toujours pensé que la dizaine de plats typiques de ce pays n'offre pas une variété de goûts étourdissante.
Devrais-je revoir mon jugement avec ce que me propose mon chef sorti de nulle part?
Lassé de son sourire béat attendant une réponse de ma part, je lui demande où est son restaurant. Nous sommes sur une piste sablonneuse bordée de quelques cases bancales et de boutiques banales, typiquement typiques de l'artisanat local importé.
- Je n'ai pas de restaurant. Je cuisine chez moi ou chez vous, à domicile. Vous comprenez bien que de tels produits sont illicites, même au Sénégal...
Le gaillard est étourdissant. Il parle un français choisi et sans accent, vouvoie et parle posément, poliment, en prenant tout son temps pour s'exprimer.
Mon cuisinier rasta m'explique alors qu'après avoir bourlingué, roulé sa bosse dans quelques pays francophones de la planète, il est rentré chez lui, du côté de Cabrousse.
Cuisiner, entre-autres, le phoque et le caribou au Canada, la grenouille et le hérisson en France, l'anguille et l'écureuil en Belgique, l'hirondelle et le marcassin au Luxembourg, la marmotte et le hibou en Suisse, le chien et  le chat au Cambodge, le Cob de fassa et le zèbre au Togo et la panse farcie de chameau en Mauritanie... lui a appris qu'à défaut d'avoir un bel établissement, l'originalité de sa cuisine lui permettrait d'attirer le client.
- Un jour je chasse ou j'achète, le lendemain, je prospecte en rue, le troisième jour, je cuisine! Je rencontre toujours des gens originaux, curieux, gastronomes et discrets...
- Le bouche à oreilles fonctionne relativement bien et cette activité me permet de gagner ma vie, d'entretenir ma famille et de me consacrer à ma passion, la cuisine.
Le soir même, je découvrais la paillote secrète des frères Troisgros locaux...
Cette rencontre date un peu, je dois vous l'avouer. Elle m'est revenue en mémoire voici quelques jours, quand une connaissance avec qui j'avais partagé à l'époque, en Casamance, un plat de sauterelles grillées et scorpions au miel d'acacia, m'annonça le décès du rasta man.
Une banale dispute entre deux bandes de braconniers...

(illustration Gérard Lami)

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