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OLI ET AMOULSOLO

OLI ET AMOULSOLO

Le Margouillat a des fréquentations dites, jugées "particulières", parfois.
J'assume! Je m'enrichis encore de certains êtres. J'en tire aussi, quelquefois, de quoi écrire.
Accroché au mur en banco par un jeu subtil de clous et de corde, Oli est attiré par un vieux miroir au tain altéré par les ans, les fournaises, le vent, le sable du Ferlo.
Il y découvre sa gueule d'homme.
Plus très jeune, plus très frais. Cheveux rares en bataille contre une vieille brosse qui a, aussi, perdu son chemin, sa guerre, son manche entre Atar et Matam. Barbe plus sel que poivre, plus ensablée que sale...
Les yeux sont rougis par l’harmattan et la fumée de cigarettes. Tristes, cernés de toutes parts par les errances de la vie. Le teint est marron, hésitant entre cuivre latérite et croute de tan.
L'alcool joue caméléon, souvent...
Sa vieille chèche blanche pend lamentablement sans même masquer ses taches, ses trous. Pas même son long cou ridé.
Sale gueule d'homme.
Baroudeur, anarchiste, rêveur, alcoolique, candide, nostalgique. Pathétique aussi.
Ni blanc, ni noir. Sans doute métisse dans sa tête cabossée par trop de sensibilité, d'amour, de voyages insensés entre Utopie et Réalité...
Deux pays aux frontières troubles, vagues. Deux îles en Absurdie!
Il s'y fracasse souvent; jeté sur des rivages, familiers pourtant mais, où, toujours, un nouveau rocher émerge, blesse la peau, arrache la chair, saigne le cœur et l'âme.
Qu'est-ce qu'il fout là?
Sans bagnole, sans argent, sans femme, sans enfant. Où est la route, la piste? Où est demain?
Difficile l'auto-lobotomie... Il doit bien rester quelques souvenirs. Une désespérance, une errance, encore, à oser.
Il avait un ami. Mort au combat; guerre perdue contre une armée de métastases, quelque-part en Chirurgie.
Oli est seul. Finalement, il y a une certaine perversion qui fait aimer cette solitude. Qu'elle soit subie ou volontaire. Là aussi, la frontière est embrumée. La lucidité se perd, aussi, parfois.
Il est seul et pourtant, non! Oh que non!
Amoulsolo est là. Il dort, tranquille, sur un vieux tapis Sérère, au pied du lit.
Jeune Laobé qui l'a apprivoisé à Kébémer. Adopté à Gad Kebe. Une seule caresse a suffit. Il ne devait pas savoir qu'un être humain en était capable...
Ils partagent la largeur des pistes à charrettes désormais. Lui, toujours à sa droite. Étrange, troublant...
Il a les oreilles bouffées par les vers de Cayor mais elles se dressent quand-même à chaque alerte, à chaque regard complice.
Son pote Amoulsolo!
Pourquoi ce blase? Ce fut immédiat, instantané, irrépressible! Il aurait pu l'appeler "le chien", "Banania", "Toubab", "xaj", "Foulkan"!
Et lui? Oli se demande, dans sa tête de chien, comment il l'appelle?
Quand il le regarde, parfois, Oli pleure. Des larmes coulent sur ses joues. Merde, ça fait un bien fou!
Les clandos du goudron n'aiment pas les chiens. Donc, ils marchent! Les pistes, les chemins de traverse, ça leur va bien.
Un village, une concession, quelques Peulhs en transhumance les regardent passer, les reniflent. Parfois les invitent. La chaleur humaine s'apprivoise, aussi.
Oli est fatigué. Envie de se poser.
Tout à l'heure, un camion va passer. Daouda va charger du sel à Palmarin. Il a promis de les déposer vers Samba Dia, dans le Saloum.
Amoulsolo et Oli ont besoin d'eau, de bolongs, de mangrove. Respirer le delta, revoir des pélicans, des aigrettes ardoisées, des vanneaux éperonnés. Oli a envie de regarder le chien jouer avec les diabars et les thiofs avant d'en choisir un, au hasard subtil...
Une flambée d'herbes sèches, du bois mort. Repas de rois!
Besoin de se laver la peau et l'esprit. Le cœur, faut trop récurer...
Poser son cul au bord de l'eau. Sentir les feuilles mortes, cuivrées des palétuviers lui chatouiller les pieds. Écouter le silence.
Oli a soudain envie de demain. S'éveiller avant l'aurore. Amoulsolo fera semblant de dormir encore. Oli devine qu'il veillera à ce qu'il ne s'éloigne pas trop du ponton.
Un chien sait que l'homme a parfois envie d'aller se perdre, seul. Trop loin...

(aquarelliste inconnu)

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Julien 25/08/2017 13:32

Bravo, merci pour le voyage, en plus le billet d avion, là, n est pas cher, très impatient de retourner au Sénégal, pour la deuxième fois à Somone en décembre pour un mois.
Vous lire me permet de patienter et de découvrir votre Sénégal.
Merci pour ses moments d émotion, de découverte et parfois de bonne rigolade.
Un jeune toubab, 38 ans, voyageant en famille (avec sa copine et sa mère) et en un seul voyage déjà tous conquis par la gentillesse de ses habitants et la beauté de ce pays.

la lorgnette 25/08/2017 14:26

merci! revenez vite!