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SUIVEZ LE GUIDE

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Reprenons la route.
Le goudron est bon jusqu'à Passi. Les villages défilent, typiques sous la chaleur de l'hivernage. Piste de traverse à gauche, puis à droite pour se perdre un peu. Découverte de carrières de latérite flamboyantes, de marigots oubliés, de champs laborieux, de forêts primaires somptueuses.
Quelques singes verts nous guident vers un petit bois de cajous, Des gosses font des signes "Toubab! Toubab!" Le Def s'arrête. Pas de demande de cadeau; juste un sourire, un clin d’œil, un "give me five" bien claquant et un signe d'au revoir, inch Allah...
Retour sur le goudron. Des carrioles par dizaines nous croisent, chargées jusqu'à la gueule de paille. Parfois tirées par un âne modeste, parfois par deux zébus besogneux. Peu avant Passi, une minuscule charrette, une montagne de foin, deux vieilles à la manœuvre de trois superbes zébus. Mon Canon frémit! Je m'arrête, doucement à la hauteur du convoi. Politesses d'usage, m'enquérant que tout va bien pour elles, leur famille nombreuse et leur vie. "Je peux faire une photo?" Avec un immense sourire édenté, la plus vieille me demande 500 pour le thé en échange de mon cliché. Je le regrette encore aujourd'hui mais, j'ai refusé. Par principe stupide alors que je lui prenais quelque-chose qui méritait bien un étui de thé.
A Passi, on tourne à droite vers Sokone. Là, jusqu'il y a quelques mois, c'était l'enfer! Pas tant pour moi que pour les amortisseurs de ma vieille compagne de route...
La piste était défoncée, saillante par endroits d'un ancien goudron martyrisé par le temps, les vieux Saviem, les ruissellements d'hivernage.
Je me souviens d'un gymkhana jusqu'à Sokone interrompu par l'arrêt solidaire afin de tenter de dépanner une Golf II à l'agonie depuis Banjul et qui venait de rendre l'âme dans un dernier souffle de fumée noire. D'autres s'étaient aussi arrêtés.
Une bouteille d'eau tiède, le prêt d'un tourne-visse qui ne sert à rien, avant de repartir, avec l'assurance que l'équipage est pris en charge par la solidarité africaine.
Désormais, depuis Foundiougne ou Kaolack, le goudron est neuf et d'excellente qualité.
Un petit conseil si vous aimez, préférez les pistes: à Djilor, prenez la latérite "direct rek" vers Sokone. Elle est superbe! Même un petit gué ravira votre monture, lui rafraîchira les gommes.
Sokone semble banal, s'étirant nonchalamment de part et d'autre de la nationale. Curieux comme toujours, j'erre un peu par les transversales. Peu de ressenti, pas de contact. Je dois, sans doute être trop impatient d'arriver à Toubacouta!
Panneaux publicitaires en pagaille vantent les charmes de tel hôtel, tel campement, tel gîte. Pharmacie à droite, dispensaire à gauche. Ce gros village du Saloum oriental retient son souffle avec le couvre-feu du tourisme. Pas une âme de toubab. L'authenticité y a regagné au change!
Les quartiers sont compliqués, vastes, typiques toujours. Chacun vaque à ses occupations avec charme et nonchalance, sourire et accommodation...
Je me perds vers la mangrove où un ponton privé m'exaspère. Le lieu est pourtant plein de charmes avec sa petite maison sur la dune; toit de vieilles tuiles rouge qui ont dû connaître Faidherbe voire Pujol.
Le ciel est d'hivernage, tout en nuances de gris. Faudra que j'écrive un bouquin... Un Saï-Saï me propose un tour en pirogue. Trois jours qu'il n'a pas croqué du toubab! Dieuredief l'ami mais j'ai le mal de mer...
Promenade dans le quartier. Sympa, typique, affable, le village s'étend entre forêts et delta. Mandingues et Sérères se partagent les cultures.
Les activités touristiques s'articulent entre pêche en bolongs, chasse en brousse et rendos éco-touristiques dans cette zone du parc national du delta du Saloum. Je me contenterai d'errer encore, à la rencontre des gens, à la recherche d'air pour mon pneu à bout de souffle et d'une pharmacie pour un début de rhume d'hivernage.
Quelques pépites cachées de vestiges coloniaux, un escalier de bois que j'oublierai de photographier tant il est étonnant et semble irréel qu'il grimpe encore le long d'un mur de briques rouges pour n'aboutir nulle part...
La Gambie est à deux pas. Missirah et le parc de Fathala à un seul.
Va pour aller à la rencontre du fromager millénaire de Missirah! Il est énorme, magnifique, fabuleux, étonnant, grandiose. Entouré d'un gazon vert jusqu'au bord de la mangrove. Somptueux! Même les deux ou trois antiquaires auront la courtoisie de ne pas me casser les bonbons pendant que je visite le lieu. De toute façon, les toubabs sont fauchés, c'est l'heure de la sieste et la marchandise rare et poussiéreuse. Demain sera un autre jour!
Indécrottable bourlingueur qui déteste organiser mes périples, j'ai, comme souvent, l'intuition de me perdre et tomber sur, pourtant, l'incontournable jetée de Missirah. La communauté n'attendant rien depuis belle lurette des gouvernements successifs, s'est organisée et récolte ses propres fonds de fonctionnement, de constructions par le seul fruit de la pêche et des oboles demandées aux visiteurs. Le tableau, à l'entrée du ponton en béton, annonce clairement les tarifs. Visite autant, balade en pirogue autant, pêche accompagnée autant! Le parking "gardé"et la balade sur la jetée me coûtent 500 cfa avec, en prime, une palabre rigolote avec un vieux du village et la visite de la case-fabrique à filets, en amont du fleuve et la superbe mosquée pourtant bien fatiguée.
Sortie du village, direction la réserve de Fathala! Quelques kilomètres à peine, juste avant Karang et la frontière Gambienne.
La réserve de Fathala a été créée vers l'an 2000, par des actionnaires privés qui travaillent en étroite collaboration avec la direction des parcs nationaux du Sénégal. Elle a été ouverte au public en Avril 2003.
Sur une superficie de 6000 ha de foret classée, seuls 2000 ha ont été aménagés, il est loisible de voir autant, voire plus d'animaux qu'à Bandia. Les mêmes espèces...plus des lions qui, moyennant un supplément prohibitif, vous accompagnent pour une balade pédestre durant quelques minutes après une séance de câlins-caresses-photos clic clac Kodak...
La flore est quasi identique à celle de Bandia sinon que quelques forêts d'essences plus denses sont au programme. La visite se fait en voiture 4 x 4 et dure environ 2 à 3 heures pour 70 Km de pistes, avec un guide anglophone et francophone à l'accent étonnant. Fathala dispose d'un hôtel réellement luxueux, dans l'esprit décoratif des lodges de brousse sud Africains.
Ces infrastructures ont un coût et les visites, les nuitées sont assez onéreuses. Je m'abstiens donc, et de visiter et d'y dormir.
Je me contente de visiter l'accueil, le bar, l'incontournable bitik et d'apprécier le luxe et la qualité des lieux. Pas un touriste, pas un seul candidat au safari! La jolie hôtesse m'explique qu'on est en hivernage... La plupart des clients viennent de Banjul ou de Dakar et via des circuits de TO.
L'envie de poussez jusqu'à Banjul me taraude mais mon visa a expiré. N'ayant pas envie de passer, au retour, par l'administration des douanes et autres tracasseries typiquement typiques, je rebrousse chemin en vagabondage par Dassilame Ba, Aidra, Nema Ding, Ndoumbout, Bani et retour à Toubacouta par la forêt de Sangal.
Un pneu de la Vieille Anglaise continue de fatiguer, ce qui me permet de visiter bon nombre de villages à la recherche d'air et me gonfler le cœur de rencontres, de sourires, de regards. M'en mettre plein les yeux et le Canon! Si Alzheimer me rattrape, ça me fera des souvenirs...
La route du retour annonce déjà d'autres lieux à visiter, d'autres rencontres, d'autres repas conviviaux, d'autres rires, d'autres émotions. Mais, ça, c'est une autre histoire...Ce sera pour une prochaine fois!

(aquarelle Apfel)

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