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IMBÉCILE

IMBÉCILE

Il était une fois un somptueux Baobab enraciné depuis des centaines d'années au cœur d'un petit village de pêcheurs.
Bien avant l'homme, bien avant les comptoirs coloniaux.
Une ruelle étroite descendait alors vers le petit port, vers les pirogues et l'océan.
Témoin de la construction de la maison du bailli, de la tour de guet et de la maison des esclaves, Baobab était demeuré, respecté, prié.
Il offrait sa majesté, son ombre, ses fruits aux autochtones Lébous.
Les ancêtres, les gorguis touchaient son tronc de la paume de leur main ridée et caleuse afin de demander aux dieux de vivre encore, de protéger leur descendance, de ramener les pirogues gonflées de poissons sur le rivage.
Les femmes y palabraient au frais, se reposaient quelques instants après avoir puisé l'eau au puits de la garnison.
Solitaire, Baobab s'était planté là, par hasard et s'y sentait bien. Ces frères, un à un, avaient disparu avec les siècles.
Avec la foudre, avec l'homme et ses cases, avec l'urbanisation.
Lui, il restait là, solide au bord de la piste. L'homme construisait même en s'écartant, en courbant l'alignement des bâtisses en fonction de l'ampleur croissante de son tronc.
L'homme contournait légèrement son chemin, respectueux de son âge, de sa beauté, de la protection qu'il offrait à tous.
Malgré la marée du tourisme, le petit village qu'il couvait demeurait un quartier hors du temps, hors des hordes balnéaires.
Depuis quelques semaines, ouvriers et bulldozers répondant à un besoin de voirie décente traçaient, creusaient, damaient la piste afin d'y couler un goudron.
L'âme du village allait se modifier mais Baobab demeurait! Se voyait délicatement contourné par le chantier puisque l'homme, depuis la nuit des temps avait tracé, dompté le sable et les bâtis par une légère courbe pour qu'il vive là.
Hier, un imbécile, un maladroit a ordonné son massacre.
La route devait être droite jusqu'au port! "abattez cet arbre et corrigez le tracé!"
Les hommes ont obéi. Le village a laissé faire. Nous sommes au Sénégal...
Je ne suis pas certain que demain, on détruise la mosquée qui, elle, obstrue réellement la voirie, la réduisant en goulot étroit à peine carrossable.
Margouillat est triste et en colère.

(illustrateur inconnu)

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