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MA GENETTE

MA GENETTE

Chaque soir, vers vingt deux heures, une genette se balade sur la piste devant chez moi.
Rencontre de hasard d'un petit félin devenu rare en zones habitées par l'homme.
On peut comprendre...
Farouche, l'animal est pourtant curieux. La lune éclaire la ruelle et, nous nous observons de longues minutes.
Ni l'un ni l'autre n'osons bouger.
Je me remémore ce vers de mon pote Alphonse: "Ö temps, suspends ton vol, et vous heures propices, suspendez votre cours."
Lamartine, ma genette, connaît pas! En un instant, elle détale!
Elle saute le mur du jardin abandonné.
Je ne sais pourquoi, le lendemain, je m'assieds sur le gros parpaing abandonné depuis toujours. Il en a connu des paires de fesses! Mon voisin l'instituteur vient y lire le Coran. Le gardien d'à côté passe son temps à regarder les volutes de fumée de ses Excellence, le cul posé sur le bloc de béton.
Maman-légumes s'y repose parfois quelques instants, abandonnant son lourd panier de patates, tomates, oignons, ail et courgettes.
Les gosses s'en font un piédestal pour reluquer ce drôle de jardin très certainement hanté par des djinns depuis que le vieux est mort.
Donc, le postérieur calé-collé, j'attends!
Quelques instants plus tard, ma genette se pointe en zigzaguant. Farouche, aux aguets.
Elle me voit et s'arrête, m'observe, me renifle à vingt mètres à peine. Se gratte le museau.
Sautant le mur du jardin, elle réapparait quelques secondes plus tard à ma gauche. Passage obligé pour aller sur la plage.
Il doit y avoir des crabes à déguster, quelques œufs pondus dans les rochers, quelque crapaud imprudemment bruyant.
Ma voisine des pierres de lave, la rate vient d'avoir des petits. C'est alléchant.
Je l'abandonne à son festin nocturne, me promettant d'être au rendez-vous du lendemain.
Ma jeunette genette n'est réapparue que deux soirs plus tard. Sans doute gavée des abats abandonnés après Tabaski...
Là encore, elle m'esquive en passant le mur du jardin.
Avant hier, elle passe devant moi. Très lentement, en m'observant précautionneusement. Bougera, bougera pas?
Collée au mur, elle se retourne mille fois.
Souvent l'humain attaque en traitre, par derrière. Elle le sait!
Ce soir, Jeannette - je l'ai baptisée ainsi - a osé, une nouvelle fois, traverser devant moi. Victoire!
Incorrigible rêveur, le Margouillat s'attend bientôt à ce qu'elle s'arrête, me regarde et me dise "S'il te plaît... apprivoise-moi !"...

(illustration Jean Chevallier)

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Patrice 06/09/2017 18:56

Magnifique. Quel plaisir d'avoir découvert vos réflexions, analyses, observations, de trouver chez quelqu'un d'autre un peu de sa propre sensibilité mise en écrit, et si bien écrit. Bravo à vous, continuez, tous les jours je m'évade, je rêve, j'y suis.
Cordialement