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REINE DE MONACO

REINE DE MONACO

Mademoiselle Reine est Monégasque. Elle a très bien connu le Prince Rainier III.
Grâce, évidemment! Et les enfants, ça va de soi!
Mademoiselle Reine n'a pas d'âge. Sinon que sur le Rocher, dans le quartier de Sainte Dévote, tout le monde a rencontré au moins mille fois cette chaisière revêche.
Chez les Grimaldi - mais ce sont des rumeurs de Palais - Albert, adolescent, l'appelait "la pincée du cul"...
Quand la famille princière dédaigne la cathédrale pour le lieu du culte où officie Mademoiselle Reine, il est hors de question que le moindre détail échappe à son dictat. Pauvre Monseigneur Gallo! Quel enfer que cette bigote, certes efficace, mais tellement...comment dire...emmerdante!
Rainier l'avait à la bonne. On devine surtout que Mademoiselle Reine l'amusait beaucoup. C'était un peu son jouissif "diner de cons".
La "pincée du cul" ne s'est jamais mariée qu'avec Dieu et personne ne lui a connu la moindre frivolité, pas même un misérable cierge de solitude...
Jusqu'au jour où...
"Comme un ouragan" chantait sa petite Stéphanie. Et bien, l'ouragan de Mademoiselle Reine, c'est...Mamadou!
La vie déverse sa vague vague quotidienne de hasards. Celui de ce 19 novembre - jour de fête nationale à Monaco - pèse 102 kilos de muscles. possède 32 dents exposées dans une bouche immense au sourire permanent. Même quand il dort.
Ce ne sont même pas des tablettes de chocolat mais une usine cacaoyère sous sa chemise. Ses bras plus développés que les colonnes de l'Hermitage. Mon Dieu, quel bel homme!
Mamadou est garde du corps au consulat du Sénégal, 42 bis Boulevard du Jardin Exotique.
Les voies du Seigneur étant impénétrables, il est assez complexe de vous expliquer le comment du pourquoi. L'obscur objet du désir foudroyant de Mademoiselle Reine a-t-il frôlé sa jupe sévère quand Monsieur le Consul est arrivé dans sa Mercedes au bas de l'escalier du palais princier? Mamadou a-t-il souri, froncé les sourcils en voyant cette frêle vieille fille de Dieu?
Nous le saurons lors du jugement dernier. Sinon que nous risquons de découvrir alors quelques turpitudes inimaginables...
Quoique...connaissant quelques-uns de mes lecteurs...j'ose imaginer leur imagination.
Retrouvons nous, si vous le voulez bien, quelques mois plus tard.
Nous sommes quelque-part au Sénégal. Dans le Sine. Entre Djilas et Faoye. Quelques cases en blocs, feuilles de rôniers et tôles ondulées.
Au pied du neem, somnole Mademoiselle Reine.
Quelques poules disputent le territoire à un vieil âne mité et deux chèvres placides. Il fait chaud. Très chaud. Depuis l'aube, après la prière du levé, Reine a rangé la chambre, préparé le café, lavé les habits de Mamadou, passé le balai jusqu'au portail et commencé à préparer le yassa du soir.
Les sœurs, les cousines, les enfants de la concession ont adopté la vieille dame de Monaco. Même si je soupçonne une autre forme de dîner de cons... inconsciente évidemment. Je serais en effet étonné que François Pignon se soit aventuré sur les bords du Sine. Même si les allumettes Palmtree ont encore de beaux jours sous cette latitude...
Aurais-je omis de vous informer que Mademoiselle Reine est riche?  Oh, n'imaginez pas qu'elle flambait au casino de Monte Carlo! Pas le genre. Reine n'a jamais poussé les portes des antres de Satan!
La petite fortune amassée par la bigote provient d'héritages, de vie modeste, d'économies et de ponctions bénignes mais quotidiennes depuis 40 ans dans la recette des quêtes de Sainte Dévote...
Il lui sera beaucoup pardonné. Depuis que "pincée du cul" s'est ouverte, entre-autres, à l'Afrique, elle a également entre-ouvert son porte monnaie en faveur de la communauté rurale locale et aux membres de la concession familiale de Mamadou.
Rénovation de la modeste église, équipement du centre de santé, toiture de l'école du village, forage, éolienne, cheval, charrette, électricité, frigo, télévision full HD, iPads, smartphones ainsi que l'achat de quelques hectares de bonne terre afin que les greniers soient pleins quand vient la saison sèche.
Quant à Mamadou, je vous promets qu'il est heureux. Vraiment! Lassé de son métier, nostalgique de son coin de terre, il aborde la cinquantaine avec sérénité. Il a retrouvé les siens, a découvert un être, certes parfois fatiguant, mais, dépoussiérée, agréable. Une femme âgée, candide mais également heureuse de s'éclater, enfin, au Sénégal.
Si vous passez un jour sur le goudron, entre Fimela et Diosmone, tournez à gauche avant Loul Sessene. Peut-être aurez vous la chance de croiser une vieille toubab en chapeau de paille, menant son âne vers le marché...

(tableau école française du XVIIIe siècle)

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