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SOUVENIRS D'ENFRANCE

SOUVENIRS D'ENFRANCE

Bonhomme toubab marche dans le village. Tranquille. Ses tongs raclent un peu le sable. Il est sénégalisé!
Ces quelques dédales entre les maisons de blocs, de tôles, de pneus; les baobabs, les étals de fruits, de légumes sont devenus, au fil du temps, son jardin d'enfance, nostalgie de gamin en France.
Il y retrouve les rires de gosses, l'insouciance d’antan, quand il était petit, qu'il habitait dans son hexagone profond, Perpignanais et heureux.
Du temps des gourmandises, des Pets de Monja, de l'escalivada, l'ouillade, le civet de langoustes ou le touron...
Du temps des déconnages au bord de l'eau. Du ruisseau de Ségrassiés au lac de la Roucarié. De la plage d'Argelès à celle de Collioure...
Les copains, les filles, l’insouciance, les animaladas, la musique de punks avant l'heure...
Le boulanger de Cérès ne connait pas le tapalapa de Pape. La boucherie de la rue des arènes n'est pas la dibiterie de Mamadou. Le magasin de Madame Mado n'est pas celui de Maman Fraise; mais, les similitudes, quand on les cherche un peu, sont là, évidentes, flagrantes. Le bon temps d'hier, en France, il est ici, quarante ans et des poussières après, dans ce village d'Afrique, au Sénégal
Quelques moutons traversent la piste entre le coiffeur et la bitik du mauritanien. Ce ne sont pas des Aures et Campan. Juste des moutons, des chèvres locales. Bonnes à bastonner, à renverser les ordures, à sacrifier à la Tabaski. Mais, c'est comme ça ici. C'est Sénégal!
Dans le Saloum, ce sont les cochons qui gambadent au milieu des cours et des villages. Pays Sérère, pays de concessions...
Les catholiques mangent du porc, les musulmans boivent au clando... Et, quand il y a fête, c'est fête pour tous. Tous ensemble. Aux mariages, on tue le zébu. Un de ceux qui transhument entre les îles. C'est beau un troupeau de zébus qui passe avec nonchalance entre goudron et tans, entre bolong et marigot.
A l'hivernage, chaque mare joue à celle qui offrira le plus de nénuphars au regard. Les aigrettes se foutent bien des nénuphars. Pourtant, c'est beau un nénuphar qui s'étire au soleil.
Ici, dans le quartier, il y a des mouettes, des pélicans parfois. Quand les pirogues reviennent avec du poisson dans les flancs, dans les filets. Ce n'est pas Port-Vendres. Les anchois, les  pageots sont rares ici.
Les sars ont deux "r" au Sénégal. Nom propre qui court les rues. Comme les Diop, les Basse, les Diakhate, les Diatta.
Les femmes et les enfants s'affairent entre claies et comptoirs de découpe. On écaille, on lave, on sèche, on fume. Les hommes portent les paniers d'osier ou les bacs en plastique entre pirogue et plage.
Le poisson déborde. Trop tard, le pic-bœuf a gobé la sardinelle qui sautillait encore sur la berge. La crabe râle! Il a raté l'occase. Il attendra qu'un gosse oublie de ramasser un thiof cadavéré. Un pour tous et chacun son trou!
Les laobé et les chats ne sont pas loin. Personne n'est invité au festin mais chacun trouvera de quoi ne pas mourir de faim ce soir. Inch Allah.
Amina passe en chaloupant. Son plateau de bananes est lourd mais le cou est solide. Malgré ses onze ans, elle a déjà tant porté d'eau.
Les bassines sont plus vite fatiguées que les femmes dans ce pays...
Bonhomme achète une main de bananes. Un sachet d'eau aussi. Il fait chaud. Et puis, de temps en temps, il faut s'astreindre à se rappeler que l'eau sans Pastis, ça existe!
Omar l'antiquaire s'est reconverti. Il fabrique des sandalettes avec des chambres à air. Rien ne se perd, tout se transforme... Une ancienne planche de pirogue aux couleurs passées, salées lui sert d'étal. Joliment typique!
Ousmane répare son vélo. Une vieille bicyclette rouillée, rafistolée avec du fer à béton.
Le Tourmalet peut s'endormir tranquille, Ousmane ne sait même pas qu'une côte, ça existe. Alors, une montagne, imagine!
Deux petits saï saï se disputent le cadavre d'une vipère à corne. Qui aura la peau de l'autre?...
Adji passe devant l'ancienne maison des esclaves avec sa bassine de linge. Son puits est fatigué. Elle va à l'hôtel d'à côté; il y a un surpresseur. Une piscine aussi.
Au pied du gros baobab, Souleymane rabote ses planches. Son frère aura sa pirogue avant Noël. Alhamdoulilah.
Awa cherche sa fille. Aminata doit encore traîner à la bitik de Matar. Elle aime bien regarder la Singer coudre les tissus multicolores qui viennent de Gambie. Le pédalier s'affole sous les pieds nus du couturier. Il y a mariage demain et les habits seront prêts à l'aube si Sénélec le laisse tranquille. Les piles de la lampe de poche sont dans la radio de sa sœur qui ne pense qu'à la musique et aux garçons... Tout ça fatigue Matar!
Bonhomme aussi est fatigué. Il fait de plus en plus chaud. Il est temps de s'asseoir à la table du clando. A l'abri du vieux neem, dans un jardin extraordinaire que Monsieur Trenet n'aurait jamais imaginé...
Le potager est somptueux, riche...et la Gazelle est toujours au frais chez Moussa. Sauf quand Moussa a tout bu!
Il est midi; ça devrait le faire!
On est bien là! Mieux qu'à la terrasse de troquet de la rue Saint Féréol déééh!

(aquarelle Anne-Marie D.)

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izmachine 21/09/2017 09:29

..tu es vraiment dangeureux toi! y'a des titres de musique, tu te dis:" il a ecrit ma chanson".
mon village, celui de ma grand-mere, de ma mere, et de sa grand mere est disparu. pourtant, j'y suis. je le retrouve quelques mois par an, quand je le quitte pour rejoindre mon village. là, j'attends. jam some.