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La Lorgnette du Margouillat

FANFAN

FANFAN

Je l'aime bien Fanfan. Un peu fragile, un peu facile mais, une âme, une douceur, une sensibilité farouche. Une femme écorchée, blessée par la vie. Déglinguée par la mort.
Elle doit avoir vingt cinq ans, tout au plus. Pas très jolie. Mais, des yeux incroyables! Tristes, évidemment. Pourtant, d'une émotion, d'une lumière!
Il y a six ans, son père, sa mère trouvent la mort dans un accident de la route. Broyés avec d'autres dans un car rapide entre Pikine et la Patte d'oie.
C'est alors l'errance. Entre une amère et méchante tante obligée d'héberger l'orpheline, un oncle aux mains baladeuses, un marabout douteux, des copines un peu putes, des copains malsains, glandeurs, éjaculateurs précoces...
Pas de khalys, plus d'école!
Balayer, récurer, lessiver, cuisiner... S'évader aussi, parfois, pour des plans pas très nets.
C'est la vie cabossée de fanfan. Après, ce sera l'enfant!
Un pas voulu. Évidemment! Une petite graine de salaud, de sale petit mec qui s'encourt, s'évanouit encore plus vite qu'il n'a pris de plaisir égoïste.
Hors de question d'avorter. Alors, on cache Fanfan, corvéable à merci, cloîtrée dans la maison des Parcelles assainies.
Le Margouillat n'est pas Zola.
Alors, je vous laisse imaginer ce qu'aucun toubab ne peut pourtant réellement imaginer.
L'accouchement sordide, douloureux. Les hémorragies épongées au torchon, les pansements dégueulasses,  les fièvres, les cris, les larmes dans les nuits noires et brûlantes des délestages...
En ce temps-là, pourtant, la vie fut la plus forte. Fanfan et bébé Omar ont gagné!
Après quelques mois, la famille décide de transférer le petit garçon à Fatick, chez une sœur.
Fanfan ne revoit son petit bonhomme qu'il y a quelques jours. Quatre années de séparation.
Chassée de Dakar, la mère s'encourt retrouver son fils.
Il est mort dans ses bras, trois jours plus tard. Il était cinq heures du matin.
Certificat de décès: crise cardiaque...
Fanfan a prit le car de nuit pour Touba, le cadavre de son enfant dans les bras.
Il y a été enterré sans autre chagrin que celui de sa mère.
Touba, c'était une obligation familiale. Une imposition impérative pour qu'on paie le décès, le transport.
Un vieux lézard a donné le retour.

(aquarelle Thierry Denfert)

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