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La Lorgnette du Margouillat

TRISTESSE

TRISTESSE

Un samedi gris, triste.
Mélancolie funeste. Colère sourde, silencieuse. Que cette terre douce et légère est injuste! Cruelle!
Oumou, ma copine cueilleuse d'huîtres de palétuviers, ma confidente ramasseuse de coquillages s'en est allée. Dieu sait où...
Il est aussi, sans doute le seul à savoir pourquoi. De quoi...
Ici, on ne pose pas de questions et les soignants sont évasifs...

Ce n'est pas qu'Olof se lasse du rivage où je l'emmène généralement nager. Mais, ce matin, j'ai la nostalgie de mon amie. Son bras de delta est plus éloigné, mais, tellement plus beau avec ses arbres majestueux entrelacés. Cocotiers, fromagers, figuiers étrangleurs, palétuviers, jujubiers.
Et puis, des oiseaux! Tellement! Aigrettes, pélicans, martins pêcheurs, bécasseaux, mouettes, sternes, hérons...
En roulant, j'explique à Olof où nous allons. Qu'il doit être sage, gentil, ne pas embêter Oumou si elle ramasse et trie ses coquillages.
Qu'il y a de bonnes branches mortes à lancer. Qu'il va s'amuser et faire la connaissance de quelqu'un que j'affectionne particulièrement.
Je gare la Vieille Anglaise non loin de la source d'eau claire, sous un gorgui fromager aux racines énormes. La charrette du vendeur d'eau n'est pas là ce matin. Étrange, c'est son heure...
Je rejoins la petite crique où mon amie a l'habitude de trier son mareyage, de faire sa flambée sur le tan humide. Personne.
Ma petite vendeuse amoureuse et coquine a sans doute vu passer le Def. Elle arrive par les champs, son petit panier de souvenirs pour touristes sur la tête.
- Tu n'es pas passé au marché me voir, je suis fâchée sur toi! Je ne suis plus sûre que j'ai encore envie que tu m'épouses...
- Bonjour Mariama! Je savais que tu nous rejoindrais ici, je t'attendais. Tu n'as pas vu Oumou?
- Elle est morte mercredi.
Mes yeux se remplissent de larmes. Olof me regarde et comprend qu'il se passe quelque chose. Qu'une violente tristesse étreint son maître.
Les questions stupides et puériles fusent. Imbéciles, inutiles.
Mariama ne sait pas. C'est comme ça!
- Tu es triste? Si moi je meurs, tu seras triste comme ça?

Je n'ai pas répondu. J'ai embrassé Mariama et je suis remonté dans le 4X4.
Olof n'a pas osé me demander pourquoi on rentrait sans avoir joué dans l'eau.
Putain d'vie!

(aquarelle Hélène Miaz)

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