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La Lorgnette du Margouillat

TRESSES SANS STRESS

TRESSES SANS STRESS

Permettez au vieux lézard de radoter encore en revenant sur la dernière fête en date.
Comme pour tout jour religieux au calendrier des croyants de toutes confessions, il faut bien avouer que le business a pris le pas sur le spirituel.
La manne financière d'une célébration, ce sont des sommes astronomiques qui sont dépensées, qui passent de main en main partout sur la planète.
De dindes farcies en moutons "m'as-tu vu", de caviar en vermicelles, de homards en saumons, de poulets en bœufs, de sapins en décorations, d'habits en perruques et rajouts!
Ce n'est pas ma copine Ndeya qui va me contredire...
Ndeya n'a pas de salon; n'est même pas coiffeuse et n'exerce que lors d'évènements réclamant aux dames, demoiselles et petites filles de se faire échafauder une jolie tête.
Au village, nous avons notre championne du monde en la matière!
Pas bien riche, Ndeya possède un don. Le tressage savant! Savant et taf taf rek!
Alors, elle s'installe devant sa case ou sous le manguier, dispose quelques chaises en plastique et se fait un peu d'argent en coiffant la gente féminine du quartier. Parfois, de bien plus loin tant sa réputation s'est propagée de djembés en tamas, de tontines en mariages, de baptêmes en communions...
Il est fascinant de l'observer. Ses doigts courent sur les capillarités féminines à la même vitesse que son débit palabral...
Il faut dire que ces séances de coiffage sont autant de prétextes pour passer la journée, la soirée et même une partie de la nuit à papoter entre bavardes.
Ça rit, ça chante, ça danse même pendant que Ndeya opère!

Veille de Tabaski, Marie s'en vient à Mbin Diakar.
- Tu aurais quelques pailles en plastique?
Depuis qu'en Toubabie ces petits tuyaux aspirateurs de Mojito se retrouvent au banc des pollueurs, assis dans le box d’infamie avec les cotons-tiges, j'en garde précieusement un sachet pour l'offrir au musée des horreurs consommées encore au début du XXIème siècle...
- C'est pour mon tressage...
Marie est venue, toute fière, me montrer sa coiffe de fête. Une merveille d'astuce à deux sous et d'art capillaire!
Quelques rajouts, une mèche et un époustouflant tressage où quelques pailles multicolores découpées, bidouillées font merveille!
L'art de Ndeya décoifferait un Christophe Robin, un Franck Provost si elle débarquait en métropole pour leur chercher des poux.

(aquarelle Elisabeth Muriel Gonzales)

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