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La Lorgnette du Margouillat

LÉGENDE SÉRÈRE

LÉGENDE SÉRÈRE

L'arbre est triste. Alors, les oiseaux ne chantent plus !
L'osmose est parfois perverse, douloureuse.

Le vieux griot a abandonné ses rides, ses souffrances de gorgui, cette terre de pangols, de garnements, de saï saï, de riches et de pauvres, de femmes sévères, courageuses; rieuses quand elles peuvent, entre elles, se moquer des hommes...

Cette terre qu'il leur était jadis refusée. Le village l'y a enterré à l'hivernage dernier.
Alors, l'arbre a pleuré.
Quatre vingt deux ans qu'il patientait, repoussait l'échéance de ses prières, bousculait des djinns.
Quand le griot s'en venait poser son dos douloureux contre le tronc noueux, s'abriter du soleil, lui parler des hommes décevants, des naissances, du labeur aux champs, il était heureux, l'arbre !
De confidences en abandons, de prières en colères, il entendait la vie au village, écoutait le rythme du temps qui passe, lui qui ne pouvait se déplacer, que les vents avaient fait pousser trop loin vers la brousse en jachère.

Jamais ils n'en parlaient mais, tous deux savaient qu'ils seraient ensemble pour l'éternité. Le griot, mort enfin, déposé dans les entrailles sombres, mystiques et mystérieuses de l'arbre.
Le comité des sages a brisé la tradition. Griot repose au cimetière.

Jamais, de mémoire de Sérère, l'on avait connu un tel orage à l'enterrement. La pénombre était entrée dans une colère noire. Le ciel avait craché éclairs et colère, noyé le chagrin de circonstance des rares vivants qui accompagnaient le défunt vers une dernière demeure inédite.

C'est une bande de charognards, de vautours hideux qui vomirent la nouvelle en se posant sur l'arbre.

Si, par hasard, vous marchez un jour sur la piste conduisant à Ndianda, venant de Keur Kaba, sur votre gauche, vous croiserez l'Arbre. Vous ne pourrez vous tromper tant la tristesse se lit sur sa carcasse abandonnée des oiseaux. Peu feuillu, même à la saison des pluies, il boude, rumine, s'abandonne au temps qui traîne à l'abattre. Même les chauves-souris ont quitté son creux.

L'empathie, la tendresse, l'émotion envers un vieux baobab, ça ne s'explique pas ! Même un jour de Noël.

illustration Leonora De Lange

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