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La Lorgnette du Margouillat

DAKAR, OÙ ES-TU ?

DAKAR, OÙ ES-TU ?

Il est des petits papiers qui volent d'écran en écran, qui, au fil du temps, des "copier-coller", des transferts... perdent leur auteur en cours de route.
Je ne connais donc pas le désormais "anonyme" qui a publié ce texte.

"Adolescents dans les années 60, c'était un plaisir de flâner seul ou avec les parents dans les rues de Dakar. Les souvenirs de cette époque restituent des images d'une ville fluide, aérée, où il était possible par exemple, de rallier rapidement le Camp pénal perdu dans des champs d'arachide et de mangue au centre ville.
Une décennie plus tard, juste à l'entame des années 70, il revient à ces adolescents ayant grandi depuis, de se souvenir de noms qui sonnent comme une nostalgie : Raoul Daubry, l'Esterel et aussi Ramuntcho où ils achetaient leurs espadrilles et qui encore aujourd'hui, essaie de survivre dans ce passage du building Maginot devenu bien lugubre!
Difficile d'imaginer que ces espaces étaient le lieu de rendez-vous d'une population homogène de Dakar …. Il y avait des boîtes de nuit qui accueillaient une jeunesse ouverte sur le monde avec ses  "pattes d'éléphant", ses chemises en fleurs, rivalisant d'ardeur sur les pistes de danse. Quelques noms qui claquent encore par leur puissance d'invocation: le Caveau au building des Allumettes, le 732, plus tard le Mandingo, etc. Il y avait des salles de Cinéma qui avaient ceinturé la ville et où étaient projetés les films classiques tout comme ceux  d'art et d'essai. Dans ces salles obscures où se nouaient des rencontres et s'exprimaient les premiers émois, on appréciait les films japonais, russes …, les westerns, les films hindous mais aussi africains. Ce cosmopolitisme éclaté  participait ainsi à nourrir les rêves d'ailleurs.
En ces temps là, Dakar était une ville dynamique, avec son université bien entretenue, ses espaces verts et boisés; son campus qui rythmait non pas aux sons des associations villageoises et religieuses mais des débats contradictoires et parfois musclés autour de l'avenir de l'Afrique et du monde. Dakar était une ville lumière, il était possible de faire du lèche-vitrine, "z'yeutant" avec envie les habits  exposés et mettant à rude épreuve vos poches dégarnies. Mais qu'il était beau  malgré tout de s'arrêter.
C'est ce Dakar des premières années de l'indépendance qui subit aujourd'hui une agression innommable. 30 ans après, comme s'il y avait un problème avec le temps qui ne met au centre du jeu que sa puissance destructrice, la ville s'abîme. Dakar humiliée. Dakar trahie. Sa mémoire piétinée, décapitée , rasée, elle s'est transformée en une des rares mégapoles au monde dépourvue de vieille ville, avec ses façades et ses murs qui racontent une histoire immémoriale.
La majestueuse et historique gare de Dakar se retrouve dans une tragique déchéance. Le Colisée qui abritait les discussions politiques des pères de l'indépendance a été  transformé en pâtisserie. Le Cinéma Abc en immeuble alors que El Malick s'est mué en centre commercial. Le petit jardin public de la Madeleine qui surplombait la mer est englouti par une concentration de résidences privées. Le Club des Antillais n'est plus; à la place un immense "machin" en béton qui vient fermer la perspective sur la mer.
Fann résidence aussi est victime d'un grand désordre  où poussent d'imposants immeubles surplombant les résidences sans pudeur. A Fann-Hock, première cité d'habitation planifiée, les  petites ruelles  et les petites villas d'époque sont bousculées par des immeubles qui sortent de terre comme des champignons, sur la façade maritime faisant front à la mer. Cet îlot de paix qui n'obstruait pas la vue offrant aux voitures ou aux passagers  une vue panoramique imprenable est méconnaissable. Car voilà que tout au long, la mer a été privatisée par endroits. On la devine quand on ne sait pas, cachée qu'elle est par des maisons protégées par des murs hauts et épais, des "barres" d'hôtel et autres centres commerciaux.
Ainsi Dakar offre-t-il  un visage marqué par l'infamie  d'une terrible absence de vision, étouffée par son obsession à ériger des bâtiments dans son littoral agressé par l'érosion. Oubliant qu'il n'est de diabolique que de persévérer dans l'erreur, Dakar  refuse de redresser la pente, de corriger sa nouvelle trajectoire  de ville  désordre, de ville sans âme,  où les désespérances viennent se lover au pied des immeubles cossues. Elle continue de construire dans un effroyable désordre, dans chaque bout de terre, et cela ne semble déranger personne. Dépourvus d'aires de jeux, d'espaces verts, faisant preuve d'une totale absence de compassion pour les enfants et les personnes âgées, sa descente aux enfers converge vers la place de l'Indépendance devenue une pissotière à ciel ouvert.
"Le déclin de Dakar a commencé - oserais-je l'écrire? - avec l'indépendance!" s'exclamait il y a quelques années "Mère Bi" (in Dakar Emoi. Les Editions Clairafrique et les Editions Vives Voix. Janvier 2010). Ainsi pour Annette Mbaye D'Erneville, "devenue capitale nationale avec tous les avantages, son aura s'est curieusement ternie peu à peu  par l'attitude de nouveaux riches qu'affichent les promoteurs immobiliers avec leurs buildings, leurs villas devenues maisons de rapport, et les plages presque inaccessibles, les rues encombrées, la surpopulation…
Dakar s'est transformée, lentement , très lentement, presque imperceptiblement. Elle est devenue, peut-être, une capitale sans mémoire. (…) Dakar la cité tradi-moderne, berceau de la puissante communauté léboue n'est plus, aux yeux des octogénaires que sont devenues les jeunes filles de Rufisque, cette ville mirage qui attirait leur cœur et les faisait rêver !"
Pour autant, il ne faut pas se méprendre !  Il ne s'agit pas d'une nostalgie qui s'étrangle dans des souvenirs qui refont surface mais de sauver Dakar, de la réparer en réhabilitant son patrimoine et en préservant sa beauté océane".

illustration "marché Kermel" Mbaye Sow

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