Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
La Lorgnette du Margouillat

MAME MANGUES

MAME MANGUES

Mame observe, surveille, s'assoupit, se réveille sereine, sans sursaut...
Mame, c'est la sentinelle de la concession.
À plus de quatre-vingt six ans, Dieu lui a attribué le rôle de "système de caméra-surveillance" de la cour familiale.
Le matin, après toilette et boundao déjeuner frugal, sa petite fille installe l'aïeule dans son fauteuil de bambou, sur la terrasse couverte de la case principale.
Vue imprenable sur son royaume mais également sur la piste sablonneuse qui conduit à la place publique du village.
À gauche la mosquée, à droite l'église. Entre les deux, la paillote des gorguis, la bitik du nigérian, la case des femmes, la coopérative des confiturières, des sirupeuses, des artisanes.
Les courageuses, les bruyantes, les rigolotes, les palabreuses... Les coquines, aussi.

Mame a consacré toute sa vie à cette institution villageoise; la première du Sine Saloum, bien avant l'indépendance !
Entre Faoye et Fadial, Sangomar et Baboucar, tous les Sérères ont entendu parler de Mame Mangues !
Son père et son oncle avaient d'immenses vergers; ceci explique sans doute cela.
La diminution de production a contribué à diversifier les produits: bissap, piments, agrumes, arachides. Puis, objets artisanaux: bois sculpté, perles, bracelets, colliers, calebasses...

Mame n'a jamais été riche mais ses enfants ont fait les bancs; même l'université pour certains !
Elle peut s'en aller apaisée, quand Allah voudra ! Elle n'est pas pressée.
En attendant, quand les mouches et les petits la laissent "trankil", Mame prie, repense à sa vie, ses rires, ses deuils; les fêtes, les baptêmes, les mariages, les soirées à danser entre djembés et feux de bois. Ses amoureux, son gredin de mari, puni par un palu voici bien des années.

La volubile se fait taiseuse désormais. La fin du chemin aime le silence.

illustrateur inconnu

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article