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La Lorgnette du Margouillat

LA PEUR

LA PEUR

"On dit qu'avant d'entrer dans la mer, une rivière tremble de peur.
Elle regarde en arrière le chemin qu'elle a parcouru, depuis les sommets, les montagnes, la longue route sinueuse qui traverse des forêts et des villages, et voit devant elle un océan si vaste qu’y pénétrer ne paraît rien d'autre que devoir disparaître à jamais.
Mais il n'y a pas d'autre moyen.
La rivière ne peut pas revenir en arrière.
Personne ne peut revenir en arrière.
Revenir en arrière est impossible dans l'existence.
La rivière a besoin de prendre le risque et d'entrer dans l'océan.
Ce n'est qu'en entrant dans l'océan que la peur disparaîtra, parce que c'est alors seulement que la rivière saura qu'il ne s'agit pas de disparaître dans l'océan, mais de devenir océan."

Khalil Gibran

Ce joli texte m'inspire la réflexion suivante. Habiter au bord d'un delta modifie légèrement l'inéluctable destin d'un cours d'eau.
Les marées jouent avec le fleuve.
L'océan entre dans l'estuaire, s'en va chercher, fouiller Sine et Saloum jusqu'à Kaolak. Plus de quatre-vingt kilomètres de maraude. Le poisson voyage. S'en vient pondre dans les bolongs La mangrove devient alors nurserie avant de renvoyer la fraie affranchie vers l'Atlantique.
Baladez-vous vers Djiffer. Vous découvrirez que l'océan aussi, tremble en pénétrant le delta vers Dionewar et Niodior.
Tellement que le littoral des îles en est fracassé.
C'est, désormais, devenu une bataille de chaque marée. Une guerre perdue d'avance.

La peur a changé de côté. De visage aussi.

illustration "Sine Saloum" Titouan Lamazou

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