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La Lorgnette du Margouillat

LE CONTE DE L’AIGLE, DE L’HYENE ET DE LA COLOMBE

LE CONTE DE L’AIGLE, DE L’HYENE ET DE LA COLOMBE

Le conte est bon. Sérère. Partageons !

"Moon - l’hyène n’a que trois besoins vitaux dans la vie : manger, boire et dormir. Quand elle a faim, elle se fait appeler « Moon » (la gourmandise), quand elle a soif, c’est « Ndjuur » (le verseur), et quand elle est ensommeillée, elle se nomme « Korno Ndew »
 
Tôt ce matin-là, Korno Ndew se réveilla sur la paillasse douillette des joncs de la rivière. Elle baillât, ouvrit sa grande gueule, elle savait ce qui manquait au trio de ses besoins. Alors, la tête baissée, l’échine courbée et la queue entre les pattes postérieures, Moon s’en va à l’aventure, reniflant l’air en quête d’odeur de charogne fraiche et savoureuse à dévorer.
Au détour du chemin, elle trouva Djandjîk-l’Aigle Royal qui, après avoir dégusté copieusement sa proie matinale, se lissait alors son beau plumage qui luisait de satiété et reflétait les rayons atones du soleil levant.

Tenaillée par la faim, les entailles se mêlant et se démêlant dans son ventre vide et flasque que parcouraient des salves de tonnerre sans éclairs ni foudre, Moon - l’Hyène regardait avec envie le tas de plumes ensanglantées qui restait de Ndjaaw-la-Pintade que le roi des rapaces avait tuée. Ce dernier compris le silence bavard du plus grand traitre de la gens des charognards et lui lança les restes cadavériques de son festin matinal.

- Je vous plains, vous la gent des charognards, bousiers fossoyeurs ! Vous qui, de nature, n’avez comme nourriture et pâture que de la pourriture et de la souillure, dit orgueilleusement Djandjîk-l’Aigle-Royal qui venait d’insulter toute une noble espèce d’animal dont la nature, dans son organisation parfaite, n’a fait qu’affecter le métier naturel que les sapeurs-pompiers et les agents d’hygiène ont copié et exercent dans la société humaine.

« La nature envers vous me parait bien partiale et ségrégationniste, repris le plus grand rapace ailé et roi de tous les rapaces ailés.
« Regardez la gent des charognards ailés : Maadatud-le-Condor, le plus grand charognard ailé, roi des charognards ailés, lui avec les autres charognards de son espèce : Ndud-le-Vautour, Samba?-le-Gypaète, Ndooq-le-Corbeau et le Grand-Marabout.
« Ils atterrissent de la cime des airs, des montagnes et des arbres pour disputer leurs pitances à leurs confrères la gent des charognards quadrupèdes aptères : à vous Môon-l’Hyène, à Box-le-Chien, à Loxakop-le-Chacal et aux autres.

« Tandis que nous autres, la gent des rapaces ailés: Maf-l’Epervier, Mafo-Gogol-la-Hulotte, Ndundj-la-fauvette, Lukukuk-le-Hibou, Loy-le-Grand-Duc et moi-même qui, de nature, vivons de rapts, de rapines et de rapacité dans la rapidité.
« Nous mangeons nos proies fraiches, chaudes, vivantes et saignantes. La nature envers nous me semble plus généreuse et partiale qu’elle ne l’est envers vous.

Moon-La-Hyène entra dans une grande confusion. Un complexe d’infériorité l’envahit soudainement, et un vif désir émaillé de jalousie le poussa à vouloir intervertir l’ordre de la nature pour se pousser des ailes, des serres et un bec d’acier de tuer-né. Il se mit à envier les plus grands rapaces ailés.
Djandjîk-l’Aigle-Royal regarda à travers le silence assourdissant de la fossoyeuse envieuse l’effet de ses vantardises qui semblaient la travailler dans son esprit confus et bouleversé. Et pour joindre l’action à la parole en guise de démonstration de force, de rapidité et d’efficacité, le roi des rapaces fondit encore sur « Nukuur », la paisible colombe qui, perchée sur une « fang ngool » ou souche d’arbre au bois imputrescible, se chauffait au rayons tièdes du soleil levant en lissant innocemment son plumage humecté par la froide rosée matinale. Et rapide comme l’éclair, fusant comme une pierre lancée à la fronde, les ailes sifflant comme un bombardier furtif avec sa foudroyante charge nucléaire, le rapace, le plus meurtrier des fils des airs, envoya à la douce colombe un grappin de serres camouflées dans une paire d’ailes ravisseuses.
Mais, instinctivement, l’inoffensive oiseau paisible esquiva la foudre fusante qui la rata de justesse en s’écrasant violemment contre la souche de « ngool » qui était aussi solide dans son enracinement qu’une montagne rocheuse.

Moon-l’Hyène vint au résultat de l’attaque-éclair, et vit le tas cadavérique de Djandjîk-l’Aigle Royal qui se collait fortement à la souche en une pâte de chair, de plumes, de moelle d’os broyés et de sang. Et, animal de la gent des charognards, bousiers fossoyeurs qui, de nature, n’a pour nourriture et de pâture que de la pourriture et de la souillure, il s’attabla et se régala à belle dents du nouveau plat que la nature impartiale et équitable venait de lui servir.
Tout est parfait dans l’ordre de la Nature, si parfait qu’il ne peut plus se défaire, se refaire et se parfaire plus-que-parfait, se dit-il. Et il remercia la Nature la Grande-Savante pour l’avoir créée charognard.
 
A SUIVRE…

Là a fait halte le conte, il prit des provisions et continua son chemin ; il ingurgita un océan, se cura les dents avec un fromager, porta le ciel sur la tête et la terre sous dans sa main.
Le conte est cet éternel voyageur. Qui traverse les temps et les espaces sans arrêt. Cosmopolite, il se naturalise dans chaque pays où il se faire adopter. Il se charge davantage de dons de charité chez les uns, ou s’en déleste chez les autres."

Belart Enes
Conte de veillée nocturne au clair de lune en pays sérère.
Version Diohine-Saax-Maak (SINE). Merci mon ami Alioune Badara Sarr
illustration Hyane

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