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La Lorgnette du Margouillat

LES CHASSEURS

LES CHASSEURS

"Il est cinq heures, Gambie s'éveille..."

Levé à trois piges, le lézard prend son Nescafé infect et tiède au bar du campement de chasse. Sokone dort.
Les quelques chasseurs en rangs dispersés, vaseux et fatigués, s'extraient de leur chambre "garnie"...
La horde sauvage est accoutrée "tueurs". Fusil, cartouchière, déguisement "good morning Vietnam".
L'oeil est cerné, injecté, gourmand de carnage faunique. Les salutations sont paillardes; réminiscences de gaudrioles afro-exotiques, de vantardises de mâles copulants essoufflés de galipettes locales...

Les phacochères de Samba Gueye dorment en rêvant des agapes de l'aube. Les pommes de cajou, gavées de sucre et de soleil s'alcoolisent irrésistiblement en agonisant au sol. Festin, beuverie et bacchanale en attente...

Lazare n'est pas chasseur. Il est invité à un raid "pan-pan-tu-tues" afin de réaliser un shooting photo, un reportage publicitaire pour un hébergeur-organisateur local d'assassinats de faune en Sénégambie...

J'ai un pote spécialisé dans la chasse aux biches et gazelles. Il sort son p"tit oiseau en toute impunité lors d'élections de Miss diverses sur la Petite Côte. Pas non plus la tasse d'ataya du Margouillat. Sinon qu'il faut gagner sa croute de tapalapa.

Une heure trente de pistes pour rejoindre la frontière après un p'tit déj' "baguette-confiture de bisapp-Flags"...
L'aurore n'est pas encore levée; on devine à peine les pièges, les croche-pieds de brousse. Dans un souffle, un rabatteur - plus Pigmée que Wolof - nous rassure: "amoul serpents - juste un peu - graoul quoi..."
L'aube, enfin, offre le spectacle grandiose d'un plateau piqué d'anacardiers, d'herbages cuits et de quelques acacias aux parfums subtils de gomme arabique.
Quelques francolins griffent le ciel après un envol apeuré par notre présence pourtant discrète, silencieuse. Les pioupious ne savent pas encore qu'ils seront cibles avant l'angélus carnage...

Une vingtaine de "sangliers des savanes" se disperse enfin dans la ligne de mire des Tartarins.
Avant même le premier coup de feu, le vent tourne subitement; l'odeur humaine fait détaler les phacos. Zigzags habiles sans même s'être enivré d'alcool de cajou.

La déconfiture affiche zéro au tableau de chasse. Seul content: le vieux lézard !
Vers midi, les Rambo marris rebroussent chemin en se consolant de gin "Le Vieux" - tord boyau mortel au-delà de deux flacons - et d'un lunch-packet "capitaine-mayo-carottes râpées fatiguées"...

La vengeance s'abattra sur les francolins, plombés par dizaines, avant le retour en début de soirée à l'auberge des pulvérisateurs de pioux, des bredouillés de gibier.

"C'est pas grave mon Bébé, cette nuit, je vais te consoler..."

illustration Jean Poulain

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